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mercredi 13 février 2008

Barcelona Wold Race - Dick :


Barcelona Wold Race. Le Lorientais d'adoption Jean-Pierre Dick a remporté lundi le tour du monde en double. Neuf mois avant le départ du Vendée Globe.


BARCELONE (de notre envoyé spécial). Le Lorientais Jean-Pierre Dick et son équipier irlandais Damian Foxall (Paprec Virbac 2) ont remporté le tour du monde en double, lundi à 21 h 49'. Premières impressions à chaud.


Jean-Pierre Dick, dans quel état d'esprit arrivez-vous après plus de 92 jours en mer ?

C'est le bonheur parfait. Ce matin, on naviguait au large d'Ibiza avec du soleil... C'est difficile à décrire. C'est un des plus beaux jours de ma vie. On est fatigué de bonheur, on est fatigué forcément... Quand durant 92 jours vous vous défoncez, ça use le bonhomme. Sur le long terme ça épuise car on dormait peu. La majorité des nuits il y avait des manoeuvres


Vos yeux traduisent cette fatigue, vos mains aussi. Quels ont été les moments les plus difficiles ?

Dans les mers du sud lorsque la température avoisinait les zéros degrés les quarts duraient parfois 4 h. Il fallait barrer en permanence car nous avions opté pour des petits spis et on ne pouvait pas mettre le pilote automatique. Il fallait une volonté farouche et quand on allait dormir il fallait avoir une confiance totale dans son équipier. La moindre erreur et le spi se déchirait. Et il n'y en avait pas de rechange. Ce fut la période la plus stressante.


Justement votre équipier...

(il coupe) Damian c'est un grand Monsieur. Il m'a rejoint en Nouvelle-Zélande. Il ne devait être que naviguant mais il a largement participé à la fin du chantier. Avec lui, il n'y a pas de place à l'imprécision, il est totalement à fond dans ce qu'il entreprend. C'est noir ou blanc, il dit exactement ce qu'il pense. Les choses sont claires. L'image que j'avais de lui avant le départ s'est renforcée en mer. Il est exigeant et il se l'applique à lui-même.


« Un marin heureux »


Quel a été son apport sur vous durant ce tour du monde ?

Le plus clair du temps on abordait la vision stratégique de la course. Et si vous regardez bien vous verrez qu'on avait des trajectoires assez marquées, claires. Il y avait parfois des opportunités mais il y avait surtout une stratégie.

Sur un plan plus personnel il m'a enseigné la patience. Attendre que le vent bouge, attendre avant d'envoyer la toile pour être à 100 % et de brûler inutilement de l'énergie pour un petit profit. Il faut parfois savoir accepter une cote mal taillée. Je veux trop souvent être à l'attaque.


Vous vous êtes définitivement installé aux commandes le 7 décembre. Ce fut une domination totale ?

On ne peut pas le dire... Mais au bout de deux jours, en naviguant à côté de PRB, je n'avais plus de complexe. Quelques fois tu sens que tu es à l'aise, tu sens que tu peux gagner. On a vite ressenti ça avec Damian.

Au bout de deux jours on a pris conscience de ça, on a pris confiance, on a vite acquis des certitudes qu'on n'avait pas au port au moment du départ. J'ai dit à chaud qu'on était intouchable, le terme est un peu fort mais avec Damian on s'est dit qu'on allait gagner. Mais la motivation était très forte, l'envie de gagner aussi, on avait l'arme pour gagner. À potentiel de bateaux identique, c'est la force de l'équipe qui a fait la différence.


Cette victoire est-elle importante dans l'optique du Vendée Globe. Fait-elle de vous le favori ?

L'un des favoris peut-être mais pas plus. On verra... même si je ferai tout pour gagner cette course. Disons que le déroulement de la Barcelona ne peut que m'être bénéfique. Et j'en reviens à Damian. Il excelle dans la manoeuvre et dans tout ce qui est les réparations du bateau. Il a été numéro 1 sur plusieurs Volvo Océan Race (tour du monde en double et avec escales), ça veut tout dire.

J'ai appris des petits trucs, il a amené beaucoup de choses dans le projet. Dès que quelque chose ne va pas, il met tout en oeuvre pour réparer. Moi, sur le Vendée 2004-05, j'avais aussi ce fighting-spirit, cette envie de réparer, mais je mettais plus longtemps car j'étais moins expérimenté que lui. Désormais, je ne perdrai plus une journée et le rythme de la course afin de réparer.


Jean-Pierre Dick est désormais un marin accompli ?

Un marin heureux déjà. Mais un marin a toujours quelque chose à apprendre. Il y a toujours des domaines dans lesquels tu dois progresser : le bricolage, les manoeuvres en solo...


Recueilli par Éric HORRENBERGER.



Jean-Pierre Dick en bref

Né le 8 octobre 1965 à Nice.
Formation de vétérinaire.
Navigue dès son plus jeune âge sur les bateaux de son père le Docteur Pierre-Richard Dick.
S'installe à Larmor-Plage il y a peu pour être proche de la base des sous-marins de Lorient où son monocoque Imoca est amarré.
Palmarès. Tour de France à la voile en 2001.
Transat Jacques Vabre en 2003 (avec Nicolas Abiven) puis en 2005 (avec Loïck Peyron).
Barcelona World Race en 2008 (avec Damian Foxall).


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