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jeudi 15 mai 2008
Pierre navigue avec Tabarly dans le coeur
Il n'a pas connu Éric Tabarly mais navigue aujourd'hui dans son sillage.
À 27 ans, Pierre Marcel est le skipper de Pen Duick et a réalisé un superbe documentaire consacré au navigateur breton.
Des grands cheveux, un sourire communicatif, des yeux rieurs... Pierre Marcel pourrait tenir le rôle du jeune premier dans un film de fiction. Pourtant, vous ne risquez pas de le croiser sur la Croisette ou à Deauville. Ses planches à lui, ce sont celles des pontons ou du pont des bateaux. Le jeune homme est un passager du vent. Peu importe que celui-ci soit contraire ou porteur. Pétole ou clapot, l'important c'est d'être sur l'eau. À 27 ans, son univers, c'est celui de la mer.
Quoi de plus normal quand on voit le jour les pieds dans l'eau, à Saint-Malo, et que l'on grandit au milieu des coques, des drisses et des poulies. « Mes parents ont créé le chantier naval de La Ville Audrain. Quand j'étais enfant, j'ai fait beaucoup de voile en pratiquant le dériveur. » Pourtant, le bouffeur d'écoute a bien failli changer de cap. « Pendant cinq ans, j'ai suivi des cours dans un lycée agricole. Après mon bac, j'ai passé un BTS de gestion et de protection de la nature. » Mais l'appel de la grande bleue sera plus fort.
« En 1999, j'étais étudiant et je passais l'été à Saint-Malo sur les vieux gréements de Bob Escoffier. J'ai décidé d'embarquer pour faire la régate de la Cutty Sark (1). Pour l'amour de la mer et de la course mais aussi, reconnaissons-le, pour les doux yeux d'une naïade aux cheveux longs. » Le bateau sur lequel il naviguait était un certain Pen Duick VI. Géré par la société « Club croisière Pen Duick» basée dans la cité corsaire, ce splendide ketch de 22 m de long construit à l'arsenal de Brest avait permis à Tabarly, après une course autour du monde en équipage, de gagner, en 1976, la transat anglaise en solitaire dans des conditions incroyables.
En 2000, Pierre Marcel participe au convoyage d'un autre Pen Duick, le troisième du nom, de Saint-Malo à Brest pour participer au grand rassemblement qui se déroule tous les quatre ans dans la rade. « À bord, je secondais Brigitte, une femme skipper, une grande navigatrice. »
A Brest 2000, il découvre un autre « bateau magique. Nous étions au port lorsque le Pen Duick, le premier bateau d'Éric Tabarly, est venu se mettre à couple avec nous. A bord, il y avait Jacqueline et Marie Tabarly, la femme et la fille d'Éric. Nous sommes devenus des amis. » Pierre Marcel se retrouve très vite équipier sur le magnifique cotre à coque noire. Le vieux gréement qui fleure bon la plaisance d'autrefois a été construit en Irlande en 1898. Acheté par le père d'Éric alors qu'il pourrissait sur une vasière de la Loire, le voilier connaîtra bien des vicissitudes. Il faudra toute l'obstination du navigateur breton - l'équivalent d'une vie - pour qu'il puisse de nouveau tirer des bords.
Cette ténacité, Pierre Marcel la partage. En 2001, il effectue une jolie traversée Ushuaïa-Brest et suit des cours à l'Institut nautique de Bretagne à Concarneau. « C'était important pour moi d'obtenir un diplôme me permettant d'exercer le métier de skipper et de m'occuper d'une société de charter. » En même temps, le jeune Malouin «soigne» le Pen Duick. « On s'était rendu compte que la coque était osmosée (2). Avec quatre copains de l'école, nous l'avons refaite à Bénodet. C'était impensable de laisser le bateau se détériorer. » Finis les dimanches et les congés. Priorité au Pen Duick ! Après tout, Éric Tabarly n'entretenait-il pas lui-même son bateau travaillant dessus 400 à 500 heures par an ?
Une fois le voilier retapé, Pierre Marcel en devient le skipper. « Je me régale. Dans les petits airs, il bat des bateaux modernes. En revanche, quand le vent forcit, il devient très sportif. Aujourd'hui, avec mes quatre amis nous naviguons à bord six mois par an. La moyenne d'âge de l'équipage est de 24 ans. » Éric Tabarly qui a embarqué tant de jeunes aurait apprécié. Alain Colas, Jean-François Coste, Michel Desjoyaux, Jean-Louis Étienne, Marc Guillemot, Roland Jourdain, Titouan Lamazou, Olivier de Kersauson, Jean Le Cam, Gérard Petitpas, Philippe Poupon, Patrick Tabarly, Marc Pajot et bien d'autres ont navigué avec lui.
Pierre Marcel n'a pas eu cette chance. Pourtant, il le connaît bien Éric. En lisant ses livres, en parlant avec sa famille et en naviguant sur tous les Pen Duick encore en activité, il s'est imprégné du personnage qui a donné ses lettres de noblesse à la plaisance française après sa première victoire dans la Transat anglaise en 1964. Et c'est parce qu'il a souhaité mieux nous le faire connaître qu'il a réalisé Tabarly, un documentaire remarquable. Produit par Jacques Perrin, le film retrace à partir de documents étonnants, émouvants, drôles et parfois inédits, la vie d'un homme authentique qui a navigué sur des bateaux à son image. Sur toutes les mers du monde.
Alain BESSEC, Ouest-France
(1) Course de grands voiliers du monde entier.
(2) Vieillissement prématuré du polyester provoquant des infiltrations d'eau.
Le film Tabarly sera projeté en avant-première, le samedi 17 mai, à la Cité de la voile Éric-Tabarly de Lorient. Il sortira sur les écrans le 11 juin.
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