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vendredi 13 juin 2008
Tabarly par Pierre Marcel : vrai et touchant
Un monument national, un menhir... Il fallait oser brosser le portrait d'Éric Tabarly.
Le jeune Malouin Pierre Marcel l'a fait, avec justesse. Son film sort dans 53 salles.
Une des prouesses du film est de faire parler Tabarly (parfois en voix off), lui, si souvent agacé par la vacuité des interviews. Rien qu'en rapportant ses silences et ses esquives, Pierre Marcel y fait passer l'émotion, l'humilité, et la pudeur. Tabarly bredouillant une réponse en anglais : un vrai bonheur !
Le Malouin Pierre Marcel, 27 ans, grand fan de documentaires, a fait la connaissance de Jacqueline Tabarly après avoir passé plusieurs années comme skipper sur des Pen Duick. Il lui a fait part d'une idée de scénario. Elle en a parlé à Jacques Perrin, son voisin et ami en région parisienne, lorsqu'ils avaient 14 ans.
« Il m'a accueilli avec courtoisie, pour faire plaisir à Jacqueline [...]. En septembre 2006, on a décidé de faire un documentaire pour la télé. On ne savait pas où on allait. On avait fixé six semaines de montage... mais ça a pris un an : il m'a donné ma chance. » Le jeune homme a également su convaincre Yann Tiersen de mettre le film en musique, alors que personne n'y croyait. Et Pathé a finalement jugé le résultat digne d'une diffusion cinéma.
Le son de Pen Duick
« Après deux petits bouts de films amateurs sur les Pen Duick I et III, j'ai dû apprendre les techniques cinématographiques sur le tas : défricher 400 heures d'images et de son, certaines provenant du Japon, d'Amérique, Grande Bretagne, Australie. » Et de la multitude d'équipiers qu'a eus Tabarly, véritable révélateur de grands marins. Ceux-ci possédaient des films en super 8, avec des sujets inédits ou originaux qu'ils n'avaient parfois jamais visionnés.
Mais ces documents n'avaient pas de bande-son exploitable : il a donc fallu restituer les vrais bruits de navigation. « J'ai souvent été frustré au cinéma par les bruitages. Pour restituer les sons correctement, j'ai, par exemple, récupéré un spi du Pen Duick 6 pour faire claquer le tissu. » Il a même fait effectuer une transat pour illustrer quelques images manquantes de la célèbre victoire d'Éric en 1976. On s'y croirait, jusqu'au cliquetis des ridicules winches de l'époque, les mers hurlantes, l'eau giclant, le bateau qui encaisse les coups ou, soudain, la pétole.
Il faut revoir ces jeunots d'alors qu'étaient Petitpas, Kersauzon, Lamazou, les rouflaquettes de Colas, les cheveux du voilier lorientais Victor Tonnerre (si, si !) ou les mains du charpentier Raymond Labbé ressuscitant Pen Duick à Saint-Malo, en 1989. Par touches variées et fluides, le film raconte sans flagornerie un marin hors du commun, précurseur entre autres des multicoques, des foils ou des ballasts des monocoques. « Le bateau m'intéresse plus que la mer », lâche Tabarly.
Pierre Marcel résume : « Je n'ai pas voulu faire un film de technicien, mais quelque chose de ludique, au-delà des générations. Qu'on ait envie de faire du bateau en sortant de ce film. »
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