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lundi 6 avril 2009
Vendée Globe : les assurances au coeur du débat
Le dilemme financier entre les organisateurs du Vendée Globe et PRB au sujet de la casse de Vincent Rioufait des vagues (Lire nos précédentes éditions). Et met en lumière le rôle crucial des assurances. Questions-réponses
Qui assure les bateaux ?
Les assureurs seraient de moins en moins chauds à l'idée d'assurer les bateaux qui s'engagent dans la course au large. En cause, des besoins en couverture de risques « comparables à la Formule 1, mais pas avec les mêmes budgets », fait observer Guillaume Mader, courtier en assurances, basé à La Rochelle, qui travaille beaucoup pour le secteur de la voile et des courses au large. Les assureurs sont pourtant plus que nécessaires. « Pas d'assureurs, donc pas de sponsors, donc pas de courses », résume Guillaume Mader.
Combien coûtent les assurances des bateaux ?
« De 7 à 11 % de la valeur du bateau », souligne Guillaume Mader. Soit 140 000 à 220 000 € pour un bateau neuf de 2 millions d'euros en moyenne. Schématiquement, si le bateau est assuré tous risques, l'assurance sera plus élevée que dans le cas d'une assurance pour perte totale.
En général, mâts cassés et autres voiles déchirées ne sont pas assurés. La raison ? « La vulnérabilité des éléments du bateau », justifient les assureurs. On l'a encore vu lors de cette édition, ça casse beaucoup sur une course au large. « Longtemps, remarque Guillaume Mader, les assureurs ont eu le sentiment de financer indirectement la recherche et développement des bateaux, en couvrant cette casse. » Un temps révolu. Cela étant, avant d'assurer les « Formules 1 » des mers, les bateaux passent sous les fourches caudines d'experts dûment reconnus, pour vérifier la fiabilité des bateaux.
L'incident de PRBétait-il prévisible ?
C'est le noeud de la polémique. Pour PRB, « être victime d'une avarie en portant secours à un navigateur dont le bateau était cul par-dessus tête ne pouvait, par définition, se prévoir ».
A lire le règlement du Vendée Globe, notamment le chapitre 7, c'est beaucoup moins évident. « Les concurrents seront personnellement responsables de tous les accidents matériels et humains qui pourraient arriver à eux-mêmes, à leur bateau, ou qu'ils pourraient causer à un tiers ou à tout bien appartenant à un tiers », indique le point 7.5 du règlement.
Jean-Pierre Champion, président de la Fédération française de voile, enfonce le clou. « Le chapitre 7 pose les règles en matière de responsabilités de façon extrêmement claire [...]. Ces règles n'ont été ni remises en cause, ni même discutées, tant elles sont habituelles, claires et conformes à la tradition maritime depuis toujours. » « Qui, parmi les concurrents, ajoute-t-il, peut prétendre n'être pas préparé à supporter les conséquences financières d'un dommage de la nature de celui subi par PRB ? »
L'avarie du bateau PRB est-elle imputable au sauvetage de Jean Le Cam ?
Guillaume Mader fait remarquer que le bateau de Jean Le Cam, à l'origine de l'avarie et de l'abandon de Vincent Riou, était « non manoeuvrant ». Façon de dire qu'il serait difficile d'imputer l'avarie du bateau de Vincent Riou au bateau de Jean Le Cam. Pour le dire plus clairement, le « fautif » serait Vincent Riou, « coupable » d'avoir porté secours à son copain, et de l'avoir payé cash.
Vincent Riou pouvait-il faire autrement que de porter secours ?
Non. Tout simplement parce que Jean Le Cam, terrorisé par plusieurs heures dans son bateau retourné, a fait le choix de sortir. A une demi-heure près, les secours chiliens étaient sur zone, et la question qui agite aujourd'hui le monde de la voile ne se poserait pas. Les secours auraient été assurés par le Chili, dans le cadre de la convention de Hambourg, comme cela avait été le cas pour le sauvetage de Yann Eliès par l'Australie.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Vendredi prochain, Éric Ogden, expert mandaté par le tribunal de grande instance de Quimper rencontre les différents protagonistes de cette affaire, à savoir PRB, Vincent Riou, Ambrose light (société de Denis Horeau, directeur de course du Vendée Globe), Jean Le Cam (et sa société Mer Vent), l'assureur en responsabilité civile de Vendée Matériaux, la Sem Vendée Globe.
Rappelons que la procédure de recherche en responsabilité engagée par PRB, qui estime avoir subi un préjudice de 750 000 €, n'est pas dirigée contre les organisateurs du Vendée Globe. Il s'agit seulement d'une assignation, l'équivalent civil d'une plainte au pénal, pour déterminer les responsabilités des uns et des autres dans ce qui s'est passé.
Ouest-France, Philippe ECALLE.
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